Mesurer l'envie sans demander : la science derrière notre Motivational Salience Index | Measuring Desire Without Asking: The Science Behind Our Motivational Salience Index
- Prof. Lucas Spierer
- May 1
- 7 min read
Quand le cerveau veut ce qu'il ne devrait pas
Une vitrine de pâtisserie. La photo d'un burger sur Instagram. Le bruit d'une canette qu'on ouvre dans la pièce d'à côté. Ces signaux anodins du quotidien (en anglais, on parle de cues) déclenchent chez chacun de nous une réponse motivationnelle. Parfois discrète, parfois envahissante. C'est ce que l'on appelle le craving induit par les stimuli : cette envie soudaine et orientée que produit la vue, l'odeur ou le souvenir d'un aliment, d'une cigarette, d'un écran, d'un produit. Elle n'est pas la faim. Elle ne disparaît pas quand on mange à sa faim. Et elle reste, depuis des décennies, l'un des principaux moteurs de rechute dans tous les programmes de changement comportemental, qu'il s'agisse d'obésité, d'addictions ou de modes de consommation déséquilibrés.
Le problème, jusqu'ici : on ne savait pas vraiment la mesurer en dehors d'un laboratoire.
Pourquoi demander ne suffit pas
Les outils numériques de santé reposent en grande majorité sur l'auto-évaluation. On vous envoie un questionnaire. Vous répondez. On vous en renvoie un autre. C'est intrusif, ça prend du temps, et surtout c'est biaisé : la mémoire trahit, la désirabilité sociale lisse les réponses, la lassitude finit par faire abandonner. Les assureurs avec qui nous travaillons rapportent des taux d'abandon de 40 à 60 % dans leurs programmes de prévention digitale, principalement liés à la lourdeur de la déclaration manuelle. Et même quand l'utilisateur tient bon, le signal récolté reste imparfait, parce que le craving n'est pas toujours conscient.
Notre conviction de départ chez Bewe est simple : pour mesurer la motivation à grande échelle et au quotidien, il faut arrêter de poser la question. Il faut observer le comportement.
Le principe : lire la motivation dans les micro-comportements
Bewe est issu d'un laboratoire de neurosciences cognitives de l'Université de Fribourg (le laboratoire dirigé par notre cofondateur et CSO, le Prof. Lucas Spierer) qui étudie depuis une vingtaine d'années la manière dont notre cerveau réagit aux stimuli associés à la récompense. Cette recherche fondamentale a permis d'établir un constat robuste : lorsqu'un stimulus est motivationnellement saillant pour vous, autrement dit lorsqu'il fait "tilt" dans votre cerveau, cela laisse une trace dans la façon dont vous réagissez à des tâches simples présentées à côté.
Concrètement, votre temps de réaction change. Votre capacité d'inhibition fléchit. Vos choix s'accélèrent ou ralentissent. La trajectoire de votre doigt sur l'écran se modifie. Ces variations sont trop fines pour être perçues consciemment, mais parfaitement détectables par les capteurs et la puissance de calcul d'un smartphone moderne.
C'est cette signature comportementale implicite que nous avons brevetée et baptisée le Motivational Salience Index (MSI).
Le MSI dans notre application : du diagnostic à l'intervention adaptative
Le MSI ne vit pas dans un PDF. Il vit dans l'app Bewe, intégré au cœur de l'expérience utilisateur. Voici ce qui se passe en pratique.
Pendant quelques minutes, l'utilisateur enchaîne de courts mini-jeux : appuyer ou ne pas appuyer (paradigme Go/NoGo), rapprocher ou éloigner un élément (tâche d'approche-évitement), choisir entre deux options sous contrainte de temps. Ces tâches, parfaitement banales en apparence, sont en réalité calibrées par deux décennies de littérature en psychologie expérimentale pour révéler la saillance motivationnelle des stimuli affichés en arrière-plan. Pendant ce temps, l'application enregistre des dizaines de signaux comportementaux fins : précision, latence, dynamique du geste, patterns de réponse.
Un moteur d'analyse multimodale fusionne ensuite ces signaux avec un minimum de contexte (état émotionnel, moment de la journée). Le résultat : un MSI, propre à chaque utilisateur et à chaque déclencheur identifié.
Et c'est là que tout change. Le MSI alimente une boucle d'adaptation en temps réel dans l'application. Quand certains stimuli deviennent saillants, l'app cible ces stimuli précis dans les exercices d'entraînement comportemental qu'elle propose. Quand leur saillance baisse, elle passe à autre chose. L'intervention cesse d'être un protocole générique appliqué uniformément. Elle devient une intervention de précision, qui apprend à connaître chaque cerveau et qui s'ajuste avec lui.
Ce que cela ouvre, bien au-delà de notre app
Une mesure objective, légère, continue et reproductible du craving change beaucoup de choses, bien au-delà du périmètre direct de Bewe.
Pour la médecine de l'obésité et la chirurgie bariatrique, le MSI permet d'identifier les patients à haut risque de rechute avant que la rechute ne survienne. Pour le suivi périnatal, où l'auto-déclaration est notoirement peu fiable chez les patientes en surpoids, il offre un indicateur utilisable pendant la grossesse et en post-partum (un cas d'usage que nous explorons avec l'unité diabète gestationnel du CHUV). Pour les assureurs, c'est un indicateur d'engagement validé scientifiquement, susceptible de soutenir des modèles de remboursement fondés sur l'adhérence réelle plutôt que sur l'inscription nominale.
Et pour les traitements GLP-1 (la famille de l'Ozempic, du Wegovy ou du Mounjaro), où le craving résiduel et la rechute à l'arrêt du traitement représentent l'enjeu clinique numéro un de la décennie qui s'ouvre, le MSI fournit la première brique d'un véritable compagnon digital. C'est précisément l'un des axes de notre programme Clinical Top-Up au Biopôle.
Pourquoi cela compte
Mesurer ce que les gens ressentent vraiment, sans leur demander, en quelques minutes par jour, sur le smartphone qu'ils ont déjà dans la poche : ce n'est pas seulement une optimisation de l'expérience utilisateur. C'est un changement de paradigme.
La santé comportementale numérique cesse de tourner autour du déclaratif et commence à fonctionner comme la médecine moderne, avec des biomarqueurs, des seuils, des trajectoires, des décisions cliniques fondées sur des données. La validation data-science du MSI, que nous menons actuellement avec le Swiss Data Science Center (SDSC) et le Canton de Vaud, vise précisément à apporter à ce biomarqueur le niveau de rigueur statistique qu'attendent cliniciens, régulateurs et payeurs.
Notre ambition chez Bewe est simple à formuler, exigeante à atteindre : faire de la motivation une grandeur mesurable, et de cette mesure le point de départ d'interventions qui marchent vraiment.
When the Brain Wants What It Shouldn’t
A pastry shop window. A burger photo on Instagram. The sound of a soda can opening in the next room. These ordinary everyday signals - or cues - trigger a motivational response in all of us. Sometimes subtle, sometimes overwhelming. This is what is called cue-induced craving: the sudden, directed urge produced by the sight, smell, or memory of food, cigarettes, screens, or products. It is not hunger. It does not disappear once you are full. And for decades, it has remained one of the main drivers of relapse in every type of behavior-change program, whether related to obesity, addiction, or unhealthy consumption habits.
The problem, until now, is that we did not really know how to measure it outside of a laboratory.
Why Asking Isn’t Enough
Most digital health tools rely heavily on self-reporting. You receive a questionnaire. You answer it. Then you receive another one. It is intrusive, time-consuming, and above all biased: memory is unreliable, social desirability smooths out responses, and fatigue eventually leads users to drop out. The insurers we work with report dropout rates of 40–60% in their digital prevention programs, mainly due to the burden of manual reporting. And even when users persevere, the signal collected remains imperfect, because craving is not always conscious.
Our founding belief at Bewe is simple: if you want to measure motivation at scale and in everyday life, you must stop asking the question. You must observe behavior.
The Principle: Reading Motivation Through Micro-Behaviors
Bewe emerged from a cognitive neuroscience laboratory at the University of Fribourg (the lab led by our cofounder and CSO, Professor Lucas Spierer), which has spent nearly twenty years studying how the brain reacts to reward-associated stimuli. This fundamental research led to a robust finding: when a stimulus is motivationally salient to you - in other words, when it “clicks” in your brain - it leaves a trace in the way you respond to simple tasks presented alongside it.
Concretely, your reaction time changes. Your inhibitory control weakens. Your choices speed up or slow down. The trajectory of your finger on the screen shifts. These variations are too subtle to be consciously perceived, yet perfectly detectable by the sensors and computing power of a modern smartphone.
It is this implicit behavioral signature that we patented and named the Motivational Salience Index (MSI).
MSI in Our App: From Diagnosis to Adaptive Intervention
The MSI does not live in a PDF report. It lives inside the Bewe app, embedded at the core of the user experience. Here is what happens in practice.
For a few minutes, users complete a series of short mini-games: pressing or not pressing (Go/NoGo paradigm), pulling or pushing away an item (approach-avoidance task), choosing between two options under time pressure. These tasks may appear entirely ordinary, but they are actually calibrated using two decades of experimental psychology literature to reveal the motivational salience of the stimuli displayed in the background. During this process, the app records dozens of fine-grained behavioral signals: accuracy, latency, gesture dynamics, and response patterns.
A multimodal analysis engine then combines these signals with a minimal amount of contextual information (emotional state, time of day). The result is an MSI specific to each user and each identified trigger.
And this is where everything changes. The MSI powers a real-time adaptive feedback loop within the application. When certain stimuli become salient, the app specifically targets those stimuli in the behavioral training exercises it delivers. When their salience decreases, it moves on. The intervention stops being a generic protocol applied uniformly to everyone. It becomes a precision intervention that learns how each brain works and adapts alongside it.
What This Unlocks, Far Beyond Our App
An objective, lightweight, continuous, and reproducible measure of craving changes many things, well beyond Bewe’s direct scope.
For obesity medicine and bariatric surgery, the MSI makes it possible to identify patients at high risk of relapse before relapse occurs. For perinatal care, where self-reporting is notoriously unreliable among overweight patients, it provides a usable indicator during pregnancy and postpartum (a use case we are currently exploring with the gestational diabetes unit at CHUV). For insurers, it offers a scientifically validated engagement metric that could support reimbursement models based on actual adherence rather than nominal enrollment.
And for GLP-1 treatments (the family of Ozempic, Wegovy, and Mounjaro), where residual craving and post-treatment relapse represent one of the decade’s biggest clinical challenges, the MSI provides the first building block of a true digital companion. This is precisely one of the core focuses of our Clinical Top-Up program at Biopôle.
Why This Matters
Measuring what people truly feel, without asking them, in just a few minutes a day, on the smartphone they already carry in their pocket, is not simply an optimization of user experience. It is a paradigm shift.
Digital behavioral health stops revolving around self-reporting and begins to function like modern medicine, with biomarkers, thresholds, trajectories, and clinical decisions grounded in data. The data-science validation of the MSI, which we are currently conducting with the Swiss Data Science Center (SDSC) and the Canton of Vaud, aims precisely to provide this biomarker with the level of statistical rigor expected by clinicians, regulators, and payers.
Our ambition at Bewe is simple to express, but demanding to achieve: to make motivation measurable, and to make that measurement the starting point for interventions that truly work.



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